Dans le cadre de la 4e série de régates des Extreme Sailling Series se tenant pour la première fois en Amérique, à Boston, j’ai eu l’occasion d’embarquer à bord du Gitana Extreme du Groupe Edmond de Rothschild et de participer à la première course. La série monotype, de plus en plus populaire, porte bien son nom : Extreme.

Le projet des Extreme 40 a germé dans la tête de Yves Loday (FRA), champion olympique de Tornados, il y a environ 10 ans. Sa vision fut de vouloir changer la perception des spectateurs qui s’intéressent à la voile comme spectacle sportif. Cette idée formidable fut bien intégrée par l’organisation OCThirdpole (GB) qui a développé et qui gère le circuit des Extreme Sailing Series depuis 2007. Tout est ingénieusement pensé pour que, depuis la rive, on puisse admirer ces bateaux régater les uns contre les autres. Superbe spectacle, entièrement gratuit. Le circuit, passé d’européen à mondial en 2011, pourrait se comparer à ce que la formule 1 est au sport automobile.

Une navigation extrême et rapide
Par seulement 20 nœuds de vent, un Extreme 40 atteint tout de suite des pointes à plus de 30 nœuds (54 km/h). La vitesse maximale enregistrée est de 40 nœuds (74 km/h). Pour ce que l’on pourrait qualifier d’un gros dériveur, c’est extrêmement rapide.
Ce qui rend de telles performances possibles, c’est d’une part la construction toute en carbone et d’autre part l’utilisation de l’hydraulique pour la gestion des tensions de grand-voile, bordure et hale-bas.

Des accélérations où l’on ressent la puissance des forces G
Ce qui m’a le plus impressionné, c’est la puissance que l’on ressent dès que l’on borde les voiles après un virement de bord. On se sent littéralement tiré vers l’arrière, comme en bateau moteur ou en voiture. Je n’avais jamais ressenti cela sur un voilier.
Quatre hommes sont nécessaires à la manœuvre (+ 1 invité). Un barreur, une personne sur l’hydraulique et le réglage de voile, un régleur observateur anticollision, et un voltigeur d’avant.

Entièrement démontable
Tout a été prévu pour les longs déplacements du circuit international. Les coques, les poutrelles, le trampoline, le mât (en plusieurs sections) se rangent dans un conteneur. Celui-ci peut être par la suite chargé soit sur un camion, un train, ou sur un cargo pour les déplacements internationaux. L’organisation gère le transport, ce qui évite tout retard d’une équipe lors déplacement entre les régates.
Il faut 6 heures à 3 hommes pour assembler un Extreme 40. Tout peut se faire à bras, sans utilisation d’une grue. Une remorque de mise à l’eau est aussi disponible. Démesuré certes, mais aux dimensions humaines quand même.

Un budget important tout en restant raisonnable
Compte tenu des retombées médiatiques planétaires d’une telle commandite sportive, le budget à allouer pour une saison reste très accessible à de grosses corporations. C’est certain que pour un individu, ça prend des reins solides pour courir la saison en Extreme 40. Le prix du catamaran avec les voiles, l’accastillage et une mise à l’eau est de 500 000 $, hors taxe, pas livré. Pour une saison de course, il faut compter environ 1 million de dollars pour courir les 9 épreuves du calendrier, incluant le salaire de l’équipage.

Un camp d’entraînement à la Coupe America
Depuis que la jauge a enfin statué (mars 2011) sur le choix de catamarans de 72 pieds pour les nouvelles éditions de la coupe courue aux 4 ans, la série des Extreme 40 a été promue au rang de camp d’entraînement pour les challengers de l’America’s Cup dont la prochaine édition aura lieu dans la baie de San Francisco en 2013. Beaucoup des skippeurs et des équipes qui courent le circuit Extreme 40 sont issus de l’America’s Cup : Alinghi (SUI) avec Tanguy Cariou (FRA), Artemis Racing (SWE) avec Terry Hutchinson (USA), Team New Zealand (NZL) avec Dean Barker (NZL). D’autres sont plus « modestement » des champions olympiques Pierre Pennec (FRA) sur Groupe Edmond de Rothshild (FRA). Red Bull Extreme Sailing (AUT) fait aussi figure de proue dans la compétition puisqu’il devient  commanditaire du circuit. Deviendront-ils un Challenger sérieux?

Je ne serais pas surpris d’apprendre que pour la saison 2012 des Extreme 40 la ville de San Francisco soit retenue pour l’épreuve américaine. Pour l’organisation britannique OCThirdpole, venir à Boston était un test. Le succès de l’événement aura dépassé leurs attentes. On les reverra l’année prochaine en Amérique, c’est sûr.

Extreme 40
Architecte : Yves Loday (FRA) avec la participation de TornadoSport (HOL)
Constructeur : Marstrom Composites (SWE)
Longueur : 12,19 mètres (40 pieds)
Largeur : 7,92 mètres (26 pieds)
Poids : 1 250 kg (2 750 lb)
Hauteur du mât : 18,89 mètres (62 pieds)
Surface grand-voile : 75 m2
Foc : 25 m2
Gennaker : 78 m2
Équipage : 4 personnes + 1 invité
Prix : 390 000 euros (544 000$) + taxes et transport
Circuit 2011 : Muscat, Oman — Qingdao, Chine — Istanbul, Turquie — Boston, É.-U. — Cowes, Angleterre — Trapani, Italie — Nice, France — Almeria, Espagne — Singapour

www.extreme40.org
www.gitana-team.com

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